Connexion

Connexion

STEREUM & ressemblants

Robert Cazenave

12 juillet 2015

  

Ce document est destiné aux mycologues désirant déterminer les diverses espèces françaises du genre Stereum. Il est constitué d’une clé pratique mettant en avant les caractères macroscopiques et l’écologie des espèces pour faciliter une détermination sur le terrain. Une vérification microscopique sera toutefois nécessaire pour certains cas. Cette clé est suivie d’une présentation des principales espèces du sud-ouest de la France ayant une apparence proche des Stereum et avec les quelles elles pourraient être confondues.

Parmi les champignons que l’on appelle vulgairement « croûtes », les Stereum (stérées en français) sont caractérisés par leur aspect membraneux de consistance relativement coriace et leur hyménium infère lisse (ni lames, ni pores, ni aiguillons, ni plis). Les Stereum  sont souvent délaissés, pourtant leur détermination peut être très rapide pour peu que l’on observe certaines de leurs caractéristiques morphologiques et écologiques.

Du point de vue microscopique ce genre se distingue principalement par la présence de basides très allongées et étroitement clavées et de spores lisses, hyalines et amyloïdes, ainsi que par l’absence de boucle.

Remarque : Les supports hôtes signalés dans ce document sont ceux observés le plus couramment dans le sud-ouest de la France. Il est donc possible de découvrir les espèces de Sterem décrites ici sur d’autres essences.  

1 – CLE DES STEREUM :

Remarque :

La détermination d’un Stereum doit se faire sur des exemplaires frais de manière à pouvoir observer les couleurs et surtout les changements de couleur au froissement. Les échantillons secs, mais pas trop âgés, pourront être revivifiés par trempage dans l’eau pendant quelques heures.

 

Le premier test pour identifier une espèce du genre Stereum consiste à frotter l’hyménium assez fortement entre ses doigts, ou avec l’ongle. Trois cas peuvent se produire :

 Aucun changement de couleur n’est observé ► Clé 1

  Un jaunissement est observé.

Cette coloration est d’autant plus visible sur la marge qui est blanche en pleine croissance. La coloration est quelquefois faible ou lente (insister sur la trituration, appuyer fortement) Clé 2  

  Un « saignement » est observé.

Ce saignement correspond à l’exsudation d’une substance qui rougit fortement par oxydation au contact de l’air. On observe ce saignement également  en lacérant l’hyménium avec la lame d’un couteau. Clé 3

 

Clé 1 – Dans nos régions, seulement deux espèces correspondent à ce critère*. Toutes deux sont très fréquentes et apparaissent sur de nombreuses essences. Elles forment des basiodiomes isolés, étalés à cupuliformes puis vite confluents, résupinés avec une marge plus ou moins réfléchie ou encore largement dimidiés. La surface supérieure est finement hirsute. Leur différenciation se fait principalement sur la couleur hyméniale, mais celle-ci doit, rappelons-le être observée sur le frais.

*Signalons également Stereum reflexulum en région méditerranéenne.

1a – Espèce très largement répandue, en plaine ou en montagne, en forêt ou en milieu ouvert, elle apparaît sur de très nombreuses espèces de feuillus, plus rarement sur conifères. La surface hyméniale est d’un jaune orangé vif à jaune avec une marge blanchâtre en pleine poussée, beaucoup plus pale à blanchâtre sur le sec, plus tard ocre brunâtre.

►   Stereum hirsutum (Willdenow : Fr.) Gray

  Stereum hirsutum     Stereum hirsutum 2

1b – Espèce apparaissant plus volontiers en forêt de plaine, principalement sur petites branches tombées de divers feuillus mais également sur branches plus importantes. La surface hyméniale est ocre pâle à chamois avec une marge blanchâtre. On distingue cette espèce de S. hirsutum surtout par l’absence de réelle tonalité de jaune au niveau de l’hyménium.Sa couleur varie du blanc à l’ocre et au brun grisâtre uniquement.

►    Stereum ochraceoflavum (Schweiniz) Ellis

Stereum ochraceoflavum 05 03 05 SEMEAC     Stereum ochraceoflavum 31 01 05 SIARROUY

Clé 2 – Deux espèces très proches jaunissent par frottement sur le frais. Elles forment des basidiomes peu résupinés, la plupart du temps en éventails avec un point d’attache assez réduit, généralement bien individualisés mais pouvant être coalescents. Des formes infundibuliformes (en entonnoir) sont possibles sur la surface supérieure du support. La différenciation macroscopique de ces deux espèces sur le terrain est quelquefois problématique et demande une confirmation microscopique.

2a – Surface supérieure chaudement colorée de fauve, orangé rougeâtre à brun rougeâtre, zonée, seule la marge pouvant apparaître blanchâtre à jaunâtre en période de poussée. Les vieux exemplaires sont souvent verdis par les algues. L’hyménium est ocre orangé à ocre brunâtre, plus blanchâtre sur la marge. Du point de vue microscopique on remarquera la présence d’acanthophyses hyméniales (éléments  de l’hyménium ornés d’expansions épineuses à leur extrémité).  Trouvé exclusivement sur Fagus (hêtre).                                      

►    Stereum insignitum Quélet

Stereum insignitum      Stereum insignitum 01 11 11 Argelez Bagneres

2b – Surface supérieure moins vivement colorée, avec des teintes plus variables : fauve pâle, jaune-ocre à brun-orangé ou brun-grisâtre, souvent verdie par les algues. L’hyménium est identique à celui de l’espèce précédente, toutefois, la marge blanchâtre en pleine poussée offre un jaunissement plus marqué. On trouve cette espèce sur de nombreux feuillus. Les individus poussant sur Fagus peuvent poser un problème d’identification macroscopique, mais cette espèce ne possède pas d’acanthophyses hyméniales.                                  

►    Stereum subtomentosum Pouzar

Stereum subtomentosum 04 03 06 SEMEAC 3     Stereum subtomentusum Le Terrou 25 10 2011     Stereum subtomentosum Bareilles 3

Clé 3 –  Dans nos régions, seulement trois espèces sont rougissantes.

3a – Espèce poussant sur conifères

Les fructifications sont minces et plus fragiles que les autres Stereum. Elles sont formées de petits disques qui confluent et dont la marge peut être réfléchie. L’hyménium est  blanc-grisâtre à ocre brunâtre. On trouve cette espèce surtout sur Pinus (pin) et Abies (sapin). La reconnaissance de l’hôte facilite la détermination.                

►   Stereum sanguinolentum (Albertini et Schweiniz : Fr.) Fr.

Stereum sanguinolentum 14 06 08 Bois de CERETOU     Stereum sanguinolentum

3b –  Espèces poussant sur feuillus   4 

4a – Espèce assez coriace et cassante ayant un hyménium terne, rugueux  de couleur blanchâtre à ocracé avec des tonalités de grisâtre sur le frais. Les basidiomes sont résupinés ou légèrement réfléchis. Il s’agit d’une espèce qui peut être pérenne et dans ce cas formée de couches successives correspondant à chaque poussée annuelle. Dans le sud-ouest on la trouve principalement sur Corylus (noisetier) et Fagus, plutôt en montagne.

►   Stereum rugosum Pers. : Fr.,  non  Trog

Stereum rugosum Congrès FAMM 08     Stereum rugosum 31 12 04 Lourdios

4b – De consistance plus tendre, plus souples et d’un aspect plus frais, les basidiomes forment de grandes surfaces résupinées à légèrement réfléchies au bord ou encore des projections ondulés à frisées en bordure. La couleur de l’hyménium est ocre à brun rougeâtre avec une marge blanche en pleine poussée. On trouve principalement cette espèce en plaine, sur branches et troncs tombés de Quercus (chêne) et Castanea (châtaignier).

                     ►   Stereum gausapatum (Fr. : Fr.) Fr

Stereum gausapatum     Stereum gausapatum 30 01 2012 Pau 4

2 – ESPECES MACROSCOPIQUEMENT PROCHES :

Voici quelques-unes unes des espèces les plus courantes du sud-ouest ayant un aspect macroscopique proche des stérées. Elles diffèrent principalement par la couleur de l’hyménium leur écologie et quelques caractères microscopiques.

- Chondrostereum purpureum  (Pers. : Fr.) Pouzar

L’aspect de cette espèce est vraiment celle d’un Stereum, si ce n’est la couleur de son hyménium, tout d’abord blanc violeté puis violet vif enfin brunâtre assez sombre. Une confusion n’est possible que sur les exemplaires secs ou âgés qui ont perdu leur tonalité violette. Dans ce dernier cas, seule une approche microscopique sera déterminante. Espèce assez répandue mais peu fréquente, sur bois mort de divers feuillus (plus rarement sur conifères d’après la littérature).

Chondrostereum purpureum 20 12 08 PAU 2     Chondrostereum purpureum 21 12 09 LONS     Chondrostereum purpureum 31 12 04 Lourdios 2

- Cylindrobasidium evolvens  (Fries ex Fries) Jülich

D’épaisseur plus faible et texture beaucoup plus fragile que Stereum, les basidiomes peuvent être orbiculaires à presque cupuliformes ou encore très largement étalés résupinés avec une bordure légèrement réfléchies (projection sur 10mm max). L’hyménium est bosselé et feutré (loupe), sa couleur est crème à ocre sombre ou ocre rose à brun rougeâtre sur le frais. En séchant, il est plus pâle et se craquelle, laissant deviner la sous-couche fibreuse d’hyphes blanchâtres. On trouve cette espèce sur de nombreux feuillus (Fagus, Castanea, Alnus, Prunus, Cornus, Frangula …etc). Nous n’avons pas récolté cette espèce sur conifère.

  Cylindrobasidium evolvens 01 2009 LONS      Cylindrobasidium evolvens 31 12 04 Lourdios 2

  

- Laxitextum bicolor  (Pers. : Fr.) Lentz

Fructifications membraneuses résupinées à réfléchies ressemblant fortement à un Stereum. La surface hyméniale est souvent très pâle, blanchâtre, et contrastant avec la surface supère plus sombre, brun clair au début puis rapidement brun gris à noirâtre. Nous le récoltons souvent sur Fagus, principalement en montagne.

Laxitextum bicolore 14 07 06     Laxitextum bicolor

- Porostereum spadiceum  (Pers. :Fr.) Hjortst. et Ryv. = Lopharia spadicea (Pers. :Fr.) Boidin:

Cette espèce est généralement formée de chapeaux qui confluent pour recouvrir quelquefois la totalité de la surface infère des branches de divers feuillus (trouvé sur Fagus, Quercus et Malus). L’habitus est vraiment celui d’un Stereum si ce n’est ses couleurs plus sombres, gris, gris brun à gris olive. Des cystides incrustées et brunâtres sont visibles sous le microscope mais donnent aussi un aspect moiré à l’hyménium frais. On remarquera aussi la forte odeur iodée que dégage cette espèce sur le frais.

Lopharia spadicea 29 04 2012 GENOS 2      Lopharia spadicea 3

- Meruliopsis corium   (Pers. : Fr.) Ginns

M corium présente des revêtements pelliculaires sur la face infère des branches de divers feuillus. Son hyménium peut être blanc pur, ocracé à ocre rougeâtres. Cette espèce ne peut être confondue avec un Stereum sur le frais car son hyménium est finement plissé, méruloïde. Les confusions viennent plutôt d’exemplaires secs qui prennent une consistance papyracée et dont l’hyménium devient totalement lisse.

Meruliopsis corium 05 03 05 SEMEAC 1     Meruliopsis corium 05 03 05 SEMEAC 2

- Dacryobolus karstenii (Bres.) Oberwinkler ex Parmasto  (Non Massee)

Ressemblant également au genre stereum, cette espèce se trouve uniquement sur conifères avec une préférence pour les pins. Ses basidiomes totalement résupinés présentent une surface hyméniale plus ou moins tuberculeuse blanchâtre à ocre ou même brunâtre avec une marge relativement nette, plus claire à blanche en période de croissance. On reconnaîtra rapidement cette espèce à l’odeur fruitée ou même anisée qu’elle dégage et sous le microscope à ces spores longuement allantoides.

Dacryobolus karstenii Erquy 26 10 2010

- Laeticorticium roseum  & Aleurodiscus wakefieldae

Ces deux espèces se reconnaissent surtout à leur couleur, beaucoup plus rose, les confusions sont rares.

Laeticorticium roseum     Aleurodiscus wakefieldiae 13 03 06 B du Com 2

On peut citer également les genres suivants pouvant par certains aspects ressembler à des Stereum :

- Genre Peniophora : De consistance souvent plus céracée et plus fragile et avec une surface hyméniale souvent bosselée, rarement lisse et de couleur très variées, les Péniophora ne ressemblant que de loin aux Stereum. L'espèce la plus ressemblante est certainement Peniophora proxima que l'on trouve sur buis.

Peniophora proxima 07 02 11 Accous 1

- Genre Amylostereum  : Le nom de ce genre pourrait faire penser qu’il se distingue des Stereum par une certaine amyloïdité, pourtant les spores de ces deux genres réagissent positivement en présence de Melzer.  Les Amylostereum croissent sur divers conifères, ils sont plus durs, cassants et ont en général un aspect plus terne. Une étude plus approfondie est souvent nécessaire.

Amylostereum chailletii 26 04 08 Esterri daneou

- Genre Hymenochaetes  : Les Hymenochaete diffèrent principalement des Stereum par leur consistance plus sèche, plus cassante. Leur hyménium est aussi plus sombre, de couleur grise, beige à brun sombre et il possède de fines soies brunes émergeantes déjà visibles sous la loupe.

Hymenochaete tabacina

- Genre Steccherinum  : Une méprise est possible de loin, mais de près ou à la loupe, il n’y a plus de problèmes, les espèces du genre Steccherinum ont des aiguillons plus ou moins longs ou encore des pores très fins…

Steccherinum ochraceum

Texte et photos de Robert Cazenave

Haut de page